Au détour de la rue Saint-Vallier dans Petite-Patrie, niché dans un triplex, vous ne devineriez jamais ni la présence d’un jardin urbain florissant, ni les 2 poules, et encore moins les 400 tilapias. Pourtant, et pour la 4e année de suite, Martin Desmarais s’est lancé dans une aventure plutôt inusitée en ville et il a accepté de m’ouvrir les portes de son petit trésor de verdure.

Un jardin urbain avec des solutions faciles

Martin s’est lancé dans cette expérience non pas dans un souci d’atteindre l’autosuffisance. Loin de là. C’était plus pour le plaisir d’avoir son jardin et de faire un ajout à son panier d’épicerie. La clé de la réussite du jardin urbain de Martin, c’est ça : un passe-temps qui le rend heureux. Et tous ses choix sont dictés par le souci de facilité et de simplicité. En aucun cas, il ne faut que son jardin devienne une corvée.

jardin urbain dans Petite-Patrie

La visite commence dans la cour où l’on retrouve un petit enclos pour deux poules. Je pensais que les poules pouvaient être bruyantes, mais non, car elles font du bruit juste après avoir pondu, soit une fois par jour. Et les voisins ne semblent pas s’en plaindre.

Dans l’arrondissement de Rosemont-La-Petite-Patrie, les poules sont de nouveau autorisées depuis 2011 avec quelques restrictions, mais une certaine tolérance est laissée pour les particuliers. Et c’est une récolte d’une douzaine d’œufs par semaine qui est un « plaisir pour les papilles » selon Martin.

jardin urbain dans Petite-Patrie

L’entretien du poulailler est tout simple et cela donne presque envie d’en avoir un. Elles mangent du grain, mais aussi quelques restes de table. Leur poulailler demande juste à être nettoyé régulièrement, comme la litière du chat. Ce n’est plus demandant qu’un chat ou un chien, comme il s’amuse à le rappeler. Je ne sais pas vous, mais moi, je les ai trouvées bien mignonnes ces cocottes!

Martin est autodidacte : il n’a suivi aucun cours ou formation. Il lit simplement beaucoup sur tout : élevage de poules, culture maraîchère ou aquaponie. C’est comme ça que son potager et tous ses projets ont pris chaque année un peu plus d’ampleur, tout en étant encore plus fonctionnel.

Un jardin urbain sur le toit

La visite se poursuit sur le toit du triplex, là où tout a commencé en 2013, en même temps que l’arrivée des poules. La cour n’étant pas très grande, le toit a été une évidence pour y installer le potager. Il n’y a pas eu besoin d’aménagements spéciaux pour le renforcer, car les plantations sont installées dans des bacs ou des jardinières en tissu géotextiles.

À peine arrivée au sommet, on ne trouve pas juste quelques pieds de tomates cerises, mais bien un jardin luxuriant de toutes sortes de variétés : cantaloup, courgette, épinard, tomate, basilic, piment, salade, pois, haricot, pomme de terre, adame, artichaut, chou, kale, framboises et j’y ai même découvert l’épinard fraise. La variété ne manque pas. Et le jardin, c’est aussi une terre d’exploration et d’essais-erreurs. Martin fait pousser cette année du tabac, non pas pour fumer les feuilles, mais simplement parce qu’il trouve les fleurs belles.

jardin urbain dans Petite-Patrie

Un toit, des panneaux solaires et une éolienne

Au fil de ses expériences, son jardin est devenu un laboratoire un peu plus perfectionné chaque jour. Et quitte à utiliser son toit pour cultiver son jardin urbain, Martin a décidé également d’y installer des panneaux solaires et depuis cet été, une éolienne. Avec ses panneaux solaires, Martin produit environ 20 % de sa consommation annuelle d’électricité pour les besoins du rez-de-chaussée qu’il habite avec sa famille.

Installer des panneaux solaires demande un investissement et une bonne planification. En soi l’achat de panneaux ne constitue pas la source la plus importante de dépenses, car un panneau coûte environ 300-350 $. Cependant, c’est toute l’installation et la mise en place par un ingénieur qui revient le plus cher. Un panneau solaire a une durée de vie de 25 ans selon le fabricant, mais à partir de 15-18 ans, ils perdent en efficacité. Cependant, Martin calcule que son investissement sera tout de même rentable en une dizaine d’années.

jardin urbain dans Petite-Patrie

L’éolienne fait partie des projets-tests de Martin. Il faudra attendre une année complète, puisqu’elle vient d’être installée, pour mesurer son rendement.

Quelques données techniques

Pour les curieux de chiffres techniques, voici quelques détails. Un panneau solaire peut produire jusqu’à 3 000 watts/heure et l’éolienne 750 watts/heure. Les panneaux solaires occupent environ un quart de la surface du toit. Avec le climat montréalais, Martin va chercher environ 20 % de sa production annuelle en énergie solaire, électricité qui est rachetée au prix coûtant par Hydro-Québec et donc crédité dans son compte. Pour l’éolienne, il faudra attendre l’été 2017 pour mesurer son rendement.

Et une colonie de tilapias au sous-sol

Avec le climat montréalais, le jardin urbain extérieur n’est possible que d’avril à novembre. Le potager s’est ainsi prolongé durant l’hiver avec l’installation d’un kit d’aquaponie au sous-sol. Cela a permis de démarrer un élevage de poissons qui permet également la culture d’un mini potager. Ainsi, même l’hiver, toute la famille peut avoir des fines herbes fraîches, des salades, du kale ou des choux de Bruxelles.

L’aquaponie est la culture de poissons et de plantes ensemble dans un écosystème construit en circuit fermé, en utilisant des cycles bactériens naturels pour transformer les déchets des poissons en nutriments pour les plantes.

L’élevage de tilapias a débuté en juin 2015 et ce sont près de 4 à 500 tilapias qui sont installés dans différents aquariums en fonction de leur taille. Les tilapias n’ont pas tous le même « âge », ils ont des stades de développement étalés. Un tilapia grossit d’environ 1 livre par an. Cependant, 1 an plus tard, Martin va les laisser encore grossir pour pouvoir consommer de plus gros filets. Une première dégustation a tout de même été faite au début de l’été et le test s’est avéré réussi.

jardin urbain dans Petite-Patrie

Et comme les expériences de Martin se poursuivent chaque année, il a débuté cette année un élevage d’écrevisses, élevage qui cohabite parfaitement avec les tilapias. D’ici quelques mois, il pourra donc servir ses propres écrevisses à ses invités. Si ce n’est pas la classe?!

Consommer autrement

« Nous vivons en ville, donc en société, à quoi bon chercher à vivre en autonomie et ignorer les commerçants et le monde autour de soi? »

Martin et sa famille ne se rendront pas vers l’autonomie comme il l’explique clairement. Cependant, son petit jardin secret, son laboratoire en dit long sur ce que nous pouvons faire pour agrémenter nos assiettes facilement, simplement et à moindre coût. Chercher à faire certaines choses différemment, c’est un moyen de consommer autrement et de manière plus respectueuse. Et le zéro déchet englobe bien plus que la réduction des déchets : c’est avant tout une manière de changer sa façon de consommer au quotidien.

Merci encore à Martin de m’avoir ouvert les portes de son potager au cœur de l’été.