Je m’appelle Frédéric Choinière. J’ai 38 ans et je suis journaliste et animateur à la télé. Comme la plupart du monde, je suis un porte-étendard de la mondialisation. Cette année, je me mets au défi de ne consommer que des aliments, biens et services produits au Canada. Pendant 12 mois, tout ce qui est importé sera hors de ma portée! J’ai 4 saisons pour recommencer ma vie matérielle à zéro et devenir un vrai patriote économique. Bienvenue dans Ma vie Made in Canada, l’année où j’ai vécu 100 % canadien!

En faisant visiter son appartement Made in Canada à Isabelle Rémy, fondatrice du site Buy Canadian First, Frédéric se posait une ultime question : « En ai-je fait assez? » Et cette interrogation résonnait tellement en moi pour le zéro déchet. Alors, après avoir passé une année à relever le défi de ne consommer que des aliments, biens et services canadiens, j’ai voulu en savoir plus.

L’idée de cette entrevue croisée avec Frédéric était de voir quels enjeux nous avions en commun dans nos mode de vie de consommateur local et le zéro déchet. Quand on décide d’adopter des choix écoresponsables, on veut toujours en faire davantage, pourtant il faut aussi parfois reconnaître et accepter nos limites (et nos contraintes).

Frédéric Choinière

Frédéric Choinière, journaliste et chroniqueur © Laure Caillot/Lauraki, maman zéro déchet

Pourquoi consommer « Made in Canada »?

Ce projet s’est inspiré d’une expérience similaire menée en France. Le journaliste Benjamin Carle avait lui aussi relevé le défi de consommer 100 % français durant un an et avait documenté son processus.

Même si ce projet s’inscrivait dans un travail journalistique, c’est avant tout des valeurs personnelles qui l’ont poussé à relever ce défi. En effet, par nature, Frédéric est déjà un consommateur éclairé. Il scrute ses propres modes de consommation et il essaie de poser autant que possible des gestes conséquents en faisant des choix raisonnés.

Nous avons même ri en découvrant que l’un comme l’autre, un achat pouvait nous prendre jusqu’à plus de 6 mois. Nous analysons tellement nos achats et nos besoins que la conclusion finale pour l’acquisition — ou non — d’un bien met très souvent plusieurs mois avant d’aboutir.

Pourtant, au-delà du cadre journalistique, même si depuis il boit de nouveau du café, Frédéric a adopté des réflexes plus forts. Il continue ainsi de lire les étiquettes à l’épicerie et de chercher la provenance du produit. Il n’a d’ailleurs acheté que très récemment des bananes.

Une année 100 % canadienne

Qu’est-ce que le Made in Canada? En quoi cela consiste-t-il sachant qu’il n’existe pas de label ou de certification pour guider nos choix?

Pour que l’expérience soit concluante, il a fallu tout d’abord définir les paramètres de cette démarche. Il a donc décidé de s’en tenir à la définition du Bureau de la concurrence du Canada, ce que résume très bien cette capsule.

Nos discussions nous ramenaient toujours à des valeurs que cristallisent nos modes de vie. Acheter local est évidemment un geste important pour soutenir l’économie locale, et très souvent avec, l’économie circulaire. C’est surtout une évidence si l’on veut réduire l’empreinte carbone de notre consommation générée majoritairement par les transports.

Bien évidemment, pour les besoins de la série, Frédéric a sillonné le Canada pour trouver des produits faits ici. Cela l’a souvent amené d’un bout à l’autre du pays. C’est entre autres le cas des skis Foon qui proviennent de Colombie-Britannique. L’objectif de ce projet était de chercher des expertises au Canada sur tous les besoins rencontrés au cours d’une année. Bien évidemment, pour moi qui habite au Québec, il existe probablement des fabricants plus près qu’en Colombie-Britannique. Mais comme dans toute démarche, cela dépend des limites que l’on s’impose. Il ne s’agissait pas ici d’être locavore comme le définit Jessica Prentice, mais de consommer à l’échelle du Canada.

Même si au bout de son année, Frédéric estime que sa vie était à 88,3 % Made in Canada, des contraintes ont subsisté. Même s’il existe des fabricants d’ordinateurs au Canada, l’offre n’est pas encore accessible aux particuliers. Pourtant, force est de constater que d’appuyer ces choix est possible et Frédéric Choinière a démontré que c’était possible.

Refuser ou acheter, c’est toujours voter

Ce qui ressort de son expérience, c’est qu’en achetant canadien — ou local — c’est que l’on affirme notre pouvoir de consommateur pour soutenir l’existence et le développement d’expertises et de savoir-faire locaux. Et c’est un des enjeux démontrés par cette série. Nos pays occidentalisés exportent leurs productions le plus souvent en Chine, ou ailleurs en Asie. Cependant, exporter nos productions ne fait qu’accroître la perte de nos savoir-faire locaux. Pourtant, nous avons d’excellentes entreprises qui fabriquent encore des manteaux au Québec ou ailleurs au Canada.

Laure Waridel, cofondatrice de l’organisme Équiterre, a publié un livre désormais célèbre qui n’a fait que renforcer l’importance de cette expression : Acheter, c’est voter. Si vous décidez d’acheter des produits fabriqués en Chine, vous affichez clairement que vous voulez ces biens. Et cela ne fera que confirmer à l’entreprise que vous désirez ces produits.

Refuser est un des premiers conseils que l’on donne à quelqu’un qui veut adopter des habitudes zéro déchet. Il prend tout son sens dans ce contexte-ci : refuser, c’est comme acheter, c’est voter. Pourquoi, lorsque nous devons acheter, ne pourrions-nous pas choisir les options locales qui s’offrent à nous quand cela est possible? Nous n’avons peut-être pas à être parfaits tout le temps, mais chaque fois que nous en avons la possibilité, qu’est-ce qui nous retient de faire ce choix?

Et combien cela coûte-t-il?

Encore un sujet sur lequel nos modes de vie se rejoignent : celui du budget. Parce que oui, acheter local, cela coûte plus cher. Souvent, on me répond que choisir le vrac pour être zéro déchet coûte cher. Pour son année Made in Canada, Frédéric s’était donné un budget de 15 000 $ pour s’équiper de zéro ou presque. L’expérience aura finalement coûté 17 242, 75 $.

Là encore, Isabelle Rémy insiste sur ce que nous pouvons faire en tant que consommateurs. Si nous en avons la possibilité, le choix et le budget, acheter local est un geste fort que nous pouvons poser. Parce que nous avons perdu la valeur réelle du coût des biens, nous ne nous étonnons même plus de trouver un chandail à 5 $. Pourtant, connaissons-nous les coûts réels en amont et le prix humain à payer pour ce chandail?

Bien sûr, nous ne pouvons pas toujours faire ce choix. Avec un enfant, je ne peux pas toujours choisir du local. Cependant, acheter de seconde main est une première piste. Pourtant, en cherchant, on trouve des choix locaux à des prix abordables. Les bottes d’hiver de ma fille sont ainsi faites au Canada. C’est déjà mieux qu’un modèle vendu quasiment au même prix, mais fabriqué ailleurs dans des conditions que j’ignore. Et j’insiste, l’investissement que j’ai eu à faire n’est que de 10 $ de plus. C’est certes un choix très personnel, mais c’est ainsi que je veux jouer mon rôle de consommatrice éclairée.

ma vie made in canada

Consommer de manière plus éthique et responsable

Tendre vers le zéro déchet m’a amené bien au-delà de la pesée de ma poubelle. Avoir une garde-robe engagée et responsable, c’est soutenir des productions durables et éthiques, car les législations canadiennes et provinciales protègent les salariés à l’intérieur de nos frontières.

Acheter un produit fait au Canada vous donnera plus de garanties quant au respect humain sur les productions. C’est un fait indéniable. Sans compter que vous encouragerez le maintien des savoir-faire dans nos provinces. C’est d’ailleurs l’enjeu de l’industrie canadienne du textile qui par peur de perdre ses ouvrières et ouvriers, prend soin de ses employés pour les conserver.

Acheter un produit fait au Canada sera donc toujours plus garant du respect des travailleurs qu’un produit fait encore une fois ailleurs. Cependant, des entreprises comme Mountain Coop Equipment qui produisent notamment au Bangladesh se sont dotées de programmes de développement durable et de chartes éthiques. La transparence est de mise dans leur vision d’entreprise. Il est donc encore plus important de prendre le temps de se renseigner sur un achat.

La question du «Conçu au Canada» s’est également immiscée dans nos discussions. Ce n’est pas idéal, pourtant il y a aussi des bénéfices, car concevoir un objet nécessite des compétences et des expertises. Et s’assurer que ces savoir-faire sont conservés localement garantit le maintien de certains emplois.

Alors, en faisons-nous assez?

Il n’y a pas de solution parfaite. Autant dans le mode de vie zéro déchet ou la consommation locale, nous avons nos limites et nos contraintes. Pourtant, en décidant de poser ces choix, nous envoyons un message fort à ces entreprises : nous les soutenons et les encourageons. La consommation responsable, ce n’est définitivement pas le simple fait d’acheter en vrac et de regarder sa poubelle finir dans un bocal en verre.

Le zéro déchet n’est qu’un des nombreux moyens de soutenir le développement durable. Encourager une entreprise qui innove, maintient sa production locale et qui redistribue les coûts au Canada, c’est approuver un nouveau modèle d’affaires. Les individus en tant que consomm’acteurs ont beaucoup de poids. Cependant, nous ne sommes pas les seuls à devoir agir. L’impact social environnemental passera aussi par les entreprises qui redéfiniront leur modèle d’affaires. L’innovation passe aussi par sa manière de penser l’entrepreneuriat.

L’écoresponsabilité au cœur de l’entrepreneuriat

Ces nouveaux modèles et ces cultures d’entreprises qui fleurissent de nouveau chez les jeunes entrepreneurs sont une des choses qui ont marqué Frédéric au cours de cette année. Il ne s’agit pas uniquement de grandes entreprises. Des PME naissent chaque jour en repensant leur modèle d’affaires pour donner plus de place au développement durable et à l’économie circulaire. Un peu à l’image de Champignons maison ou des Champignons de Marseille qui ne se positionnent pas comme des cultivateurs de champignons, mais bien comme des recycleurs de café.

Ces gestes et décisions d’affaires ont des impacts très positifs. Et c’est pour moi le message fort qui ressort de cette série, bien même au-delà de l’engouement que le projet a suscité sur les réseaux sociaux, preuve que nous sommes nombreux à vouloir consommer plus consciemment.

Et choisir d’acheter local, c’est aussi se rapprocher de l’humain, c’est développer de nouvelles relations avec nos artisans. La catalogne tissée par les Tisserandes de St-Isidore que Frédéric a reçu en cadeau en est l’exemple parfait : imaginez le nombre d’heures qu’il a fallu pour la réaliser. On ne peut dissocier la main humaine derrière un tel objet. Consommer localement, c’est parfois connaître personnellement l’artisan qui aura réalisé votre nouvelle acquisition.

Et ensuite : une certification?

À l’approche des fêtes de Noël, votre marché de Noël local sera sûrement le meilleur endroit pour encourager un entrepreneur d’ici. Il ne tient qu’à nous de changer nos habitudes.

Pourtant un dernier point demeure : il n’existe pas encore de certification pour les produits Made in Canada. Chaque marque y va de son propre logo. Des initiatives personnelles naissent comme au Québec avec l’entreprise Signé local. La France s’est bien dotée d’un label Origine France garantie pour assurer la traçabilité des produits. Et si une certification était la prochaine étape pour aider les consommateurs que nous sommes à faire des choix éclairés?

Comme pour le zéro déchet, ne sous-estimons l’importance de nos gestes. Peut-être pensez-vous qu’individuellement vous n’avez pas de portée. Pourtant, je peux vous assurer que vous en avez, car nous sommes plus nombreux que vous le pensez à vouloir consommer autrement. Et rien de tel qu’un effet de masse pour faire un levier vers pour plus d’appui des politiques. Ne vous découragez donc pas!

Pour regarder les épisodes de Ma vie Made in Canada

Les épisodes sont disponibles en ligne jusqu’au 10 janvier 2018 et ils seront rediffusés en rafale sur les ondes d’Unis TV du 1er au 4 janvier 2018 à 20 h.

Pour aller plus loin

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