Autant que possible, je privilégie l’achat de produits locaux et biologiques. Pour l’être humaine non parfaite que je suis, il ne m’est pas toujours possible de me tenir à cette règle. Pourtant, à chaque épicerie, j’y pense toujours et j’essaie de faire les meilleurs choix selon ce qui m’est possible.

Ce texte ne se veut pas un plaidoyer intransigeant en faveur de l’agriculture biologique et locale qui fera fuir les indécis parmi vous. Au contraire, il se veut une réflexion et un éclairage très personnel sur l’évolution de mes habitudes. Parce que si aujourd’hui, je sais parfaitement pourquoi j’achète bio et local, les raisons et les motivations ont évolué avec le temps, au fur et à mesure de mon implication vers un monde plus respectueux de l’environnement.

Manger local : une histoire d’enfance enfouie

Comme le rappelle Bernard Lavallée, on mange trois fois par jour et cela est largement suffisant pour que je me pose les bonnes questions concernant mon alimentation. Du haut de mes plus vieux souvenirs, j’ai toujours vu ma maman, mon grand-frère ou ma grand-mère cuisiner. Toutes et tous ont chacun su à leur manière me donner le goût de bien manger et ce, avec goût. Cet héritage m’est très précieux.

J’ai eu la chance de passer une partie de mes vacances estivales dans le petit village de l’Est de la France de ma grand-mère maternelle. Un jour, il faudra que je vous parle d’elle. Parce que lorsque je me vois aller avec ma petite famille, je me dis clairement qu’en terme de minimaliste, de zéro déchet, de gaspillage alimentaire ou de simplicité volontaire, j’aurais encore des croutes à manger par rapport à elle.

Ma grand-mère avait son potager. Pas le petit potager dans un carré au fond de la cour. Non, un potager qui lui permettait une quasi autosuffisance quelques mois par an. C’était un passe-temps pour elle, mais si vous saviez les heures que j’ai passées à y jouer à l’ombre du pommier et au son du doux cliquetis de ses aiguilles de tricot et de son transistor d’une autre époque. C’est là que j’ai déterré mes premières pommes de terre, que j’y ai arraché mes premières carottes, mangé mes premières framboises directement sur le buisson. Et je ne vous parle même pas des fraises des bois que nous allions grignoter en cachette dans les plates bandes de la cour. Bref, même si dans mon quotidien chez mes parents, il y a eu à un moment un petit potager, c’est bien ma grand-mère qui a semé une petite graine qui ne s’est réveillée que bien des décennies plus tard.

Le potager de ma grand-mère était tout ce qu’il y avait d’artisanal, sans planification, exempt de concept de permaculture, pourtant ses haricots goûtaient le ciel. Je me souviens encore parfaitement de leur petit côté croquant. Nous en ramenions en conserves dans nos valises à la fin de chaque été. Et quel plaisir de les déguster en plein hiver. Parce que son plaisir à ma mamie, c’était de nourrir ses enfants et petits enfants, malgré la distance qui nous séparait.

Mon attachement à une agriculture simple, locale et respectueuse de la biodiversité, je le dois en grande partie à ma grand-mère.

Manger avec sa tête et son coeur
Ilot de diversité à la Ferme des Quatre-Temps

Pourquoi j’encourage l’agriculture biologique et locale

Avec la transition zéro déchet dans laquelle ma famille s’est engagée depuis près de 5 ans, manger avec cohérence est devenue une valeur familiale importante. Il n’est pas toujours facile de ne manger que des aliments locaux, c’est une évidence. Cela nécessite parfois des ajustements. Ainsi, je n’ai pas encore fait une croix sur les bananes. Alors à défaut d’être locales, je les achète bio et équitables, afin de m’assurer d’acheter des produits pour lequel je paie le juste prix, c’est-à-dire celui qui assure un revenu plus élevé et plus stable aux producteurs. Pourtant, je suis aujourd’hui, de plus en plus prête à manger localement, des aliments qui ne parcourent pas des kilomètres et des kilomètres.

Quand on habite au Québec, vouloir manger de saison en hiver, c’est comprendre l’enjeu des productions dans la diversité des choix. Je ne vous cache pas que rendu en mars de cette année, j’avais largement fait le tour des pommes, des pommes de terre, des navets, des rutabagas et autres légumes racines de mon panier biologique et local des Biolocaux. J’ai fini par faillir avec des concombres de serre provenant des terrasses montréalaises des Fermes Lufa. Je reste humaine, n’est-ce pas?

J’ai cependant pris davantage conscience de l’illusion que représente l’accès à tout en tout temps. Manger selon le rythme des saisons m’a fait redécouvrir le goût des aliments. Cela m’a aussi définitivement fait comprendre que les fraises en janvier avaient un bilan environnemental que je n’ose même pas imaginer. Parce qu’acheter des aliments locaux pour moi, c’est devenu une volonté personnelle pour soutenir l’économie locale. On parle de plus en plus de transition environnementale. Pour moi, cette transition est également passée par mon assiette avec le lot de questions qui l’ont accompagnée.

Manger local est une évidence pour moi au niveau des impacts environnementaux et économiques. Rien que les courtes distances diminuent les émissions de gaz à effets de serre dues au transport des aliments. Mais il y a tellement plus. 

Il y a près de 10 ans, je vous aurais répondu que je mange bio pour ma santé.

Il y a encore peu, manger bio était synonyme de manger des aliments avec moins de pesticides et donc meilleur pour la santé. Argument avec lequel je suis toujours complètement d’accord. Mais comme mes sphères de réflexion et d’intérêts ont évolué pour s’éloigner des simples questionnements pratico-pratiques centrés sur ma poubelle, j’en suis venue aujourd’hui à manger toujours plus avec ma tête.

Renouer avec la terre et nos fermiers nourriciers

Parce que manger bio, c’est aussi décider d’appuyer une autre agriculture, moins expansive, plus raisonnée, soucieuse de la biodiversité, soucieuse de protéger les sols et de maintenir leur biodiversité… vous savez, cette biodiversité qui rend nos sols riches, productifs et donc nourriciers? Parce que derrière ces tomates ou carottes que vous allez dévorer, il y a le travail d’êtres humains qui donnent leur coeur pour produire nos fruits et nos légumes autrement.

Cet été nous avons essayé l’abonnement à la Ferme des Quatre-Temps que j’avais découverte à la fin de l’été 2017 au marché Jean-Talon. Depuis, Jean-Martin, Chloé, Alice, Danny, Justine et toute l’équipe sont devenus les Fermiers les plus connus du Québec après le documentaire du même nom. J’ai eu le privilège de visiter la ferme en septembre et j’ai été définitivement convaincue par leur approche. Parallèlement à cette découverte, un ami, David a fait le saut et a changé de carrière pour devenir lui aussi un acteur de l’agriculture bien pensée et respectueuse. Ces derniers mois, j’ai donc posé un nouveau regard sur mes choix. Lorsque j’ai commencé à mettre un visage sur celui ou celle qui fait pousser notre carotte, que j’ai davantage compris leur approche, j’ai finalement réalisé que ce choix concernait bien moins ma petite personne, que les petites mains qui travaillent et aiment notre terre pour nous nourrir.

Parce qu’en refusant les pesticides chimiques, qu’en refusant des techniques qui épuisent les sols ou qui polluent les sols, c’est aussi leur milieu de vie et leur propre santé que mes fermiers préservent. Une fois dépassée ce paradigme, manger local, mais surtout bio, était encore une plus évidence pour ma famille. Et vous savez quoi? Quand les intermédiaires disparaissent, c’est fou comment le portefeuille s’en trouve bien moins impacté. Oui, mon panier bio et local a un prix raisonnable. Alors, imaginez si mon choix était démultiplié à chacun d’entre-vous, ne serait-ce que de temps en temps pour débuter? Nos fermiers pourraient davantage rendre leurs produits encore plus accessibles dans la gestion de l’offre. C’est en devenu un geste militant concret pour moi.

Alors, vous allez me dire, mais manger sans pesticide cela est meilleur pour la santé, que les aliments sont plus nutritifs, etc. J’aimerais pouvoir vous répondre que oui, vous offrir tout l’argumentaire sur lequel vous appuyer lors du prochain dîner de famille, mais je ne suis ni chimiste, ni nutritionniste, ni toxicologue. Je n’ai pas pu m’empêcher de faire des recherches et encore une fois, Bernard Lavallée, notre nutritionniste urbain national, m’a mis sur quelques pistes de réflexions (1). Plusieurs études ont été menées et aucune ne démontrent que les aliments biologiques sont meilleurs au point de vue nutrition que des aliments non biologiques. La conclusion – pour le moment – est qu’intégrer 5 portions de fruits et légumes par jour, bio ou non bio, c’est toujours plus nutritif et équilibré que manger trois fois par jour des aliments transformés (je synthétise ma pensée ici, loin de moi de me poser en professionnelle de la santé que je ne suis absolument pas). Les données probantes disponibles par les études actuelle ne permettent pas d’affirmer ou d’infirmer cette hypothèse.

Mon choix est donc aujourd’hui mené par l’idée de soutenir un autre modèle d’agriculture, bien plus que pour préserver ma santé. Manger bio et local, c’est une manière pour moi de respecter la santé de ceux qui nourrissent.

La cohérence, plus que tout

Manger avec ma tête et mon coeur est définitivement un enjeu de cohérence pour moi. Je ne peux poursuivre à tendre un peu plus vers le Zéro Déchet et ne produire que 4 kg de déchets par an, sans ne pas questionner les choix que je fais pour remplir mon frigo et nos estomacs.
Retrouver le goût des choses simples, prendre plaisir à aller rencontrer ceux qui nous nourrissent chaque semaine au marché, c’est aussi éduquer une petite fille urbaine au monde qui l’entoure, c’est l’aider à grandir en étant consciente que tout nécessite un petit effort pour l’obtenir et ainsi comprendre la valeur des choses. Je ne changerai sûrement pas toute seule le monde une carotte à la fois, mais à plusieurs, je peux vous garantir que nous avons bien plus de pouvoir que nous ne le pensons.

Ne l’oubliez jamais : votre geste et vos choix ne sont définitivement plus si isolés. Acheter, c’est voter. Ensemble nous avons le droit d’exercer notre super pouvoir!

Références bibliographiques (1)

  • Baranski M., Srednicka-Tober D., Volakakis N. et coll. « Higher antioxidant and lower cadmium concentrations and lower incidence of pesticide residues in organically grown crops : a systematic literature review and meta-analyses ». British Journal Of Nutrition 2014.
  • Smith-Spangler C., Brandeau M.L., Hunter G.E. et Bravata D.M. « Are organic foods safer or healthier than conventional alternatives? » Ann Intern Med 2012; 157(5):348-366.
Pourquoi j'encourage l'agriculture biologique et locale?
Pour relire cet article plus tard, épinglez-le dans Pinterest!