La semaine dernière, un article du Huffington Post sur la charge mentale féminine et le Zéro Déchet retenait mon attention dans ma revue de presse : « Le zéro déchet à la maison, ce sont souvent les femmes qui s’en chargent et voilà pourquoi ça me pose un problème. »

Le texte, adapté d’un article de la blogueuse de Doublerose, apporte une vision du zéro déchet que j’aimerais nuancer. Si je suis entièrement d’accord avec certains aspects, je ne peux m’empêcher de penser que l’angle de cet article nuit au Zéro Déchet. Il fournit autant d’arguments négatifs aux sceptiques, tout en pouvant décourager ceux qui n’ont pas encore franchi le pas.

Tendre vers le zéro déchet repose sur un véritable changement d’habitudes. Les habitudes nécessitent du temps pour être intégrées et ce temps varie selon le contexte personnel de chacun. Décider de tendre vers le Zéro Déchet, c’est le faire dans le respect de ses propres limites personnelles et en adéquation avec son contexte de vie privée ou professionnelle. C’est d’ailleurs le leitmotiv des conférences de ma collègue/amie/partenaire de crime Mélissa de La Fontaine. Respecter ses limites est une des clés de la réussite dans le changement de nos habitudes.

L’empowerment féminin et le Zéro Déchet

« Et alors que les femmes gèrent déjà une grosse majorité des tâches ménagères et la quasi-totalité de la charge mentale que représente la gestion d’une maison, je me demande si le risque n’est pas de les épuiser encore plus

Éternel discours de la charge mentale, éternel combat de la reconnaissance de ce deuxième emploi des femmes, des mères. J’en suis convaincue. J’ai de la chance, j’ai un homme en or qui participe à la gestion de la vie de la maisonnée et qui prend des initiatives. Il n’est pas parfait — mais qui l’est? — et n’a peut-être pas le même niveau d’exigences que moi. Il est pourtant ma balance et il m’a appris à lâcher prise.

La clé de notre équilibre repose sur la communication : on verbalise nos besoins et nos attentes dans la gestion de la famille. C’est au travers de notre couple que j’ai appris à mieux régler les conflits par la communication, et ce, dans toutes les sphères de ma vie privée et surtout, professionnelle.

On parle de plus en plus d’empowerment au féminin, je pense que c’est aussi à nous, femmes, de nous prendre en main. Tatiana St-Louis, la fondatrice du blogue Aime ta marque rappelle que cela ne tient d’ailleurs qu’à nous de nous frayer notre chemin de l’ambition.

La charge mentale et le Zéro Déchet : et si tout était plus simple en fait.

Sans que le zéro déchet soit plus une ambition que davantage un changement de nos habitudes de vie, il est important d’aller au-delà des rôles et des clichés bien ancrés que la société perpétue. Il ne tient qu’à nous d’accepter de ne pas être des superwomen. Il ne tient qu’à nous de tendre vers le zéro déchet sans nous stresser et nous culpabiliser si nous ne sommes pas parfaites.

Non, le zéro déchet, ce n’est pas en faire plus

« Promouvoir un mode de vie écologique demande quand même de faire “plus” […] Si j’additionne tout cela, cela augmente le temps de travail ménager de 20 h par semaine. […] Tout cela demande forcément du temps.»

Si vous suivez ce blogue, vous connaissez déjà mon expression fétiche, si vous le découvrez, la voici. Le zéro déchet est pour moi quelque chose qui doit être simple et accessible à toutes et à tous, quelle que soit notre occupation ou la composition de notre foyer. Et peut-être même davantage quand on a un horaire familial avec des enfants. Le plus important pour moi demeure un geste à la fois, un déchet en moins. Vous mettre trop de pression n’aidera en rien votre changement, vous risqueriez même d’abandonner avant d’avoir dit ouf.

Le zéro déchet m’a entre autres ouvert la voie au minimalisme, à un mode de vie plus responsable et surtout à des prises de conscience de nos impacts environnementaux qui vont bien au-delà de la taille de ma poubelle. J’ai adopté certaines recettes, j’en ai laissé tomber d’autres. Je fabrique mon déodorant, je cuisine beaucoup, j’achète en vrac et je me déplace en transport en commun ou à vélo (mais je n’ai pas de voiture). C’est un choix de vie que nous avons fait que d’habiter en ville dans un appartement plus petit, mais proche de tous les commerces de quartiers et des transports en commun pour nous affranchir de la voiture (et des sempiternelles séances de déneigement, Ah Québec mon amour!).

J’ai fait des choix sur ce que je changerai dans mes habitudes et ces choix nous correspondent et s’intègrent à notre réalité. La simplicité est devenue reine en notre demeure.

Les DIY en tout genre

«[…] Faire ses produits ménagers; faire ses produits cosmétiques»

Je teste de temps à autre certaines recettes de produits ménagers plus par curiosité, mais je ne me rends pas esclave d’une programmation DIY de fabrication hebdomadaire. La fabrication de déodorant me prend 10 minutes de temps tous les 4 mois; celle de mon produit ménager multi-usage me demande 5 minutes aux 3 mois. Et toutes les recettes testées ne sont pas toutes adoptées à long terme.

J’achète ainsi plusieurs produits ménagers en vrac comme le liquide vaisselle ou le savon à linge. Mes pastilles de lave-vaisselle sont également achetées en vrac.

Si certaines personnes désirent mettre davantage l’emphase sur la fabrication de cosmétiques et de produits en tout genre, c’est très bien. Tant que ce que nous faisons nous procure du plaisir ou de la détente. Certains partiront courir une heure pour relaxer, d’autres préfèreront expérimenter des recettes dans leur cuisine. C’est encore une question de choix personnel.

Cuisiner simplement

«[…] Faire plus de lessives pour remplacer le jetable (couches, mouchoirs, serviettes de table, essuie-tout)».

Nous cuisinons presque tous les repas du soir ainsi que les lunchs de 2 personnes : pour un repas fait maison, je me donne entre 15 et 30 minutes par soir. Le tout se déroule le plus souvent au milieu des discussions avec ma fille, si elle n’aide pas aussi dans la préparation des repas.

Nos repas simples sont faits à partir d’aliments frais qui nécessitent peu de préparation. Et de temps en temps, nous sortons au restaurant ou nous achetons une pizza au coin de la rue quand nous sommes fatigués. La simplification avant tout sans culpabiliser. Par exemple, j’ai ainsi toujours des conserves maison au congélateur de pois chiches ou haricots déjà cuits. Cela ne m’a pas demandé de préparation et j’en ai d’avance pour les soirées en panne d’idée.

La lessive et le linge

«[…] Faire plus de lessives pour remplacer le jetable (couches, mouchoirs, serviettes de table, essuie-tout)

La grande question des lessives… Non, nous ne faisons pas plus de brassées parce que nous utilisons du réutilisable. Peut-être un peu plus quand ma fille était bébé avec ses couches, mais nous avions adopté un modèle de couches faciles à plier après le séchage. On pliait les couches le soir devant une bonne série. Et le séchage? J’habite dans un condo et je n’ai pas la possibilité d’avoir une corde à linge ou de mettre un étendoir. Tant pis, je sèche mon linge en machine. Je pourrais m’améliorer sur ce point, mais cela ne s’ajuste pas encore avec ma réalité.

La Mère Denis

La mère Denis, lavandière à Barneville-Carterêt — terre de ma grand-mère paternelle. Photo : La Presse de la Manche

Dire que le zéro déchet et le réutilisable demande plus de lavage, c’est un peu faire preuve de mauvaise foi pour moi : laver son linge en 2018 n’a plus rien à voir avec l’époque des lavandières et de la mère Denis qui allaient au lavoir [NDLR : vous trouverez ici une petite référence à mes racines normandes ici : oui, j’ai 50 % de sang normand par mon papa].

Et laver quelques serviettes, débarbouillettes ou mouchoirs ne nécessite pas de brassée supplémentaire. Tout est lavé ensemble pour plus de facilité et plus de simplicité. Alors, non, cela ne demande pas plus de temps de laver ses serviettes ou mouchoirs lavables. Je me facilite la vie jusqu’au pliage : je ne plie pas, je mets tout dans un pot dans la salle de bain.

Le Zéro Déchet, ce n’est pas une compétition

Pour Cindy Trottier du blogue Tendance Radis, le zéro déchet c’est aussi un appel à la modération. Il n’y a pas de meilleur « zéro-déchéteur » que d’autres. Ce n’est pas parce que vous ne fabriquerez pas tout que vous serez un moins bon « zéro-déchéteur ». D’ailleurs qui serait meilleur qu’un autre? Qui a dit que cela devait être une compétition? Pourquoi toujours s’imposer cette quête de la performance. Pour ma part, c’est bien une des sphères de ma vie où je m’y refuse catégoriquement. À l’heure du slowtout, c’est à bien y penser. La non-compétition, c’est d’ailleurs la raison pour laquelle je n’avais jamais pesé mes poubelles avant l’an passé – et que je ne continuerai pas d’ailleurs.

Le zéro déchet m’a définitivement appris la modération et le lâcher-prise. Décider de finalement passer son samedi après-midi avec un livre dans le canapé alors qu’il fallait faire le ménage… et alors?! Tatiana St-Louis insiste sur le fait qu’il faut laisser grandir son ambition au féminin et arrêter de culpabiliser, de laisser faire le perfectionnisme et de lâcher-prise en arrêtant de tout vouloir contrôler. Cela s’applique tellement à l’adoption du zéro déchet dans notre quotidien.

Tout le monde n’a pas accès des commerces zéro déchet comme moi. Il faut l’accepter, cela fait partie des limites que nous devons prendre en considération. Et non, vous n’êtes pas moins bon que vous soyez en région ou en ville. Accepter sa réalité et s’y adapter c’est sûrement le plus grand pas que vous puissiez faire. Si vous avez fait le choix de vivre en région, il faudra aussi accepter que vous dépendiez de votre voiture. Peut-être pourriez-vous optimiser vos déplacements pour limiter son utilisation? Peut-être faudra-t-il trouver d’autres solutions dans vos circuits d’approvisionnement et votre organisation.

Expérimenter le zéro déchet à son rythme

« MAIS il me semble que le principal frein à ces changements est le sexisme et l’inégale répartition des tâches. L’absorption des tâches en «plus» liée à un changement de consommation ne peut pas être faite par les femmes qui déjà en font plus que les hommes. Si les hommes n’investissent pas le mode de vie zéro déchet, cela restera une mode… qui aura épuisé beaucoup de femmes avant qu’elles ne reviennent au drive et aux produits transformés.»

Non, le zéro déchet n’est pas une source d’épuisement féminin supplémentaire. C’est effectivement à nous de choisir la manière dont nous voulons l’adopter et l’intégrer. De plus, pourquoi le frein à l’adoption serait le sexisme et l’inégale répartition des tâches? C’est encore à nous de revoir nos cartes dans nos foyers. Ces changements dans nos habitudes devraient être discutés en couple, comme de nombreux choix, car la clé, c’est l’équilibre. C’est ainsi que vos nouvelles routines deviendront durables et pérennes.

Je suis peut-être celle qui porte davantage le projet au sein de la famille, mais de nombreux gestes étaient une évidence pour mon conjoint, et ce, bien avant que nous ne connaissions le terme zéro déchet. Les couches lavables l’ont enthousiasmé bien avant la naissance de notre fille (et encore plus après) et il est le premier à prôner la simplification à la maison.

Le Zéro Déchet et la charge mentale des femmes

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Oui, nous sommes sur la même longueur d’onde et cela aide grandement. Pourtant, chaque étape que nous avons franchie dans nos habitudes, nous en avons parlé ensemble pour façonner un foyer zéro déchet qui nous ressemble.

Alors, oui la charge mentale féminine est encore trop peu connue et sous-estimée par la société. Le zéro déchet peut faire peur à certains. Et c’est pour cela que j’essaie à chaque publication, à chacune de mes conférences et à chacune de mes interventions publiques de passer le message qu’il n’y a pas de dogme et une seule façon de le vivre ou de le découvrir. Il y en a autant que de personnes sur Terre.

Non, le zéro déchet n’a pas à être compliqué. Si c’est le cas, peut-être que vous ne vous êtes pas posé les bonnes raisons de vos choix. Et alors, ce ne sera juste qu’une mode. Il ne tient juste qu’à nous de le modeler comme cela nous ressemble et d’en faire des habitudes durables et de transformer les clichés de nos sociétés. Le zéro déchet n’est définitivement pas juste une affaire de femmes.

Photos : Sarah Cervantes pour l’image à la une • Diego PH pour l’article.